À toi qui me délaisseras bientôt, voici tout ce que j'ai toujours voulu dire sans jamais y parvenir...
Je me demande quelle fut ta première réaction lorsque l'on s'est rencontré... Probablement t'es-tu contenté de m'observer de loin en soupirant. Peut-être au contraire as-tu cherché à percer en moi un quelconque intérêt ? Mais je doute que tu le trouveras un jour, n'étant pas sûr moi-même d'avoir une raison d'être valable !
Dès cette première rencontre, tu fus extrêmement distant. Tu me jetais des regards obliques lorsque tu t'approchais de moi. Tu ne voulais pas me connaître davantage, et la seule perspective d'une confrontation approfondie te faisait trembler d'horreur.
Cependant, tu as changé d'attitude lorsque tu as pris conscience qu'une « histoire d'amour » entre nous était cruciale... Vite, tu m'as conquis, tu t'es emparé de moi, et nous ne nous sommes plus quittés.
Aujourd'hui encore, tu es près de moi des heures durant. Tu n'as de cesse de me contempler, avec cet air ahuri où se mêlent passion et dégoût. Est-ce mon imposante corpulence qui t'effraie tellement ? Tu sais, au fond de ma personne se trouve ce que tu recherches...
C'est certainement conscient de cette évidence que tu me rejoins patiemment tous les jours et que tu endures ma présence qui t'est pourtant si pénible. Tu persistes courageusement encore et encore à me fréquenter. Tu me veilles, m'admires de temps en temps, t'emportes contre moi souvent. Parfois, tu t'endors presque serein à mes côtés, mais ce n'est pas par amour...
Petit à petit, notre relation est devenue intime. Tu parcours à longueur de journée mes courbes et lignes gracieuses, de haut en bas, de gauche à droite. Tu répètes incessamment ce que je t'apprends jour après jour, afin de ne pas l'oublier. Tu me découvres en profondeur, comme tu aurais espéré n'avoir jamais à le faire... Mon anatomie n'a presque plus de secret pour toi mais, pourtant, tu me connais à peine. Tu tentes vainement de percer tous mes mystères, tu aimerais pouvoir enfin dire « je te connais par coeur, tu ne me sers plus à rien. ».
Je ne suis pas dupe, je sais que cette histoire entre nous ne mène qu'au néant. Tu profites de moi car je te suis utile maintenant... Tu as besoin de ma personne pour te mettre en valeur, pour que l'on voie en toi quelqu'un de sérieux. Je ne suis qu'un facteur indispensable à ta réussite... !
Oui, c'est évident. Tu m'utilises pour arriver à tes fins, et dès que tu auras obtenu ce que tu souhaites, tu me relègueras au rang des « aventures passagères » dont tu ne parles qu'en termes d'injures et d'erreurs de jeunesse.
Mais je suis là, docile, prêt à t'offrir ce que tu souhaites, à condition tout de même que tu m'accordes un minimum d'attention. Ton intérêt pour ma personne s'amenuisera, mais sache que je serai toujours là pour toi, tant que tu me laisseras une petite place parmi tes souvenirs.
Je suis prêt, je le sais... Bientôt, tu me jetteras comme une vieille chaussette, et la seule pensée qui te viendra à l'esprit lorsque tu te souviendras de moi sera :
« Saleté de syllabus » !
Schraûwen Annick ®